Vos petites restrictions numériques de libertés

samedi 16 avril 2022
par  Magali

Il y a quelques temps, après une « pause » de plus de deux ans, je suis allée au restaurant.
Me voilà toute éberluée, constatant que celui-ci ne présentait pas de carte à ses clients, mais « QR-code » à « flasher ». Avec quoi ? Le gars m’a prise de haut.
« Tout le monde a un téléphone, madame. »
Oui mon gars, mais pas forcément ce genre de téléphone. Tout le monde n’en a pas envie. Moi, par exemple. Donc, pas de téléphone, pas de carte, pas de resto ? Et je serais restée ainsi, sans la gentille serveuse qui m’a prêté le sien, de téléphone. Pourquoi, plus de cartes, déjà ? Ah oui, le Covid… Donc, sans masque, sans gel préalable, sans gants, je surfe sur son écran, mais ça va. J’ai eu droit à mon resto. Ouf.
Le passe vaccinal ? Non. Il n’a pas été demandé, lui. Mais ce n’est pas le sujet de mon article.

Le smartphone. Téléphone intelligent.
Il est partout. Pire : il est nécessaire partout.
« 80 % ». 80 % des gens, selon l’intraitable serveur hautain, possèderaient un smartphone. Je ne vais pas chercher le chiffre exact. Ce pourcentage, à ses yeux, semble être assez élevé pour mettre de côté et invisibiliser 20 % de la population – il y aurait là encore matière à gloser longuement ! - Il était certainement en-deçà du pourcentage réel, pour ce qu’il s’agit du moins du territoire français.
Il n’y a qu’à regarder autour de soi : même en marchant, combien de gens ne sont-ils pas courbés, pianotant sur leur petit écran, comme un prolongement d’eux-mêmes ? Regroupés : chacun sur son smartphone, échangeant vaguement, de temps en temps, un ou deux mots à propos de ce qu’ils y voient. Je ne parle pas que des adolescents…

Un prolongement de soi-même, c’est exactement cela. Qui fait paniquer lorsqu’on sort de chez soi en oubliant de le prendre. Comme si l’on risquait… Quoi, d’ailleurs ?
Besoin d’une information ? Smartphone. « Google est ton ami. »
Ce faisant, tu oublies, humain, le plaisir simple de l’attente, du désir, de l’espérance ; tu entres dans une logique et une conception du tout, tout de suite, tout le temps, et ne supportes plus aucune frustration. Ce que tu reproches à tes enfants qui ne font qu’imiter le modèle qui leur est fourni…
Ce faisant, tu donnes, humain, mille petites informations sur toi à des gens que tu ne connaîtras jamais, puis tu t’indigneras de recevoir des publicités ciblées, des appels non sollicités, sans imaginer tout ce qui est caché derrière…
Ce faisant, tu ignores, humain, ceux qui sont à tes côtés et que tu relègues après une machine, car tu arrêtes toute conversation pour t’en servir.
Besoin d’acheter ? Smartphone.
Besoin de payer ? Smartphone.
Besoin de manger ? Smartphone.
Besoin de te garer ? Smartphone.
Besoin…. . ? Tout a sa réponse dans une application adaptée. Le monde sous ton index.
Tu ne parles plus. Et lorsque tu parles, tu n’écoutes plus, habitué à ta solitude maquillée, toi qui ne supportes pourtant pas d’être seul.

Et tu crois qu’il te sert, ton petit appareil magique dont tu ne sais plus te passer, tu crois qu’il te sert, alors que c’est toi qui es asservi, de plus en plus, sans même t’en rendre compte !
La grande majorité des gens, je viens de le dire, ne sait plus se passer de son smartphone, mais bien pire que cela : elle ne le peut plus. Tout fonctionne et gravite à présent autour de lui : les paiements, les abonnements, les prises de rendez-vous, les réservations, le renouvellement du parcmètre….
Qui a encore chez lui un téléphone fixe ? Un ordinateur ? Le nombre baisse sans cesse.
Ce qui induit des comportements totalement paradoxaux et irrationnels chez leurs possesseurs : impulsivité, impatience, disponibilité totale subie, attente d’une même disponibilité totale des autres, culpabilité, colère. On croit pouvoir tout avoir immédiatement. On veut tout, de plus en plus, tout de suite. Une société qui court, qui n’écoute plus, qui n’attend plus, qui ne regarde plus et qui s’en plaint pourtant.

Disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, pour son entourage, pour ses réseaux sociaux, pour ses jeux en ligne, et même pour son patron. Et on entre là peut-être dans l’ultime vice de ce fonctionnement : celui où l’on se sent obligé de répondre, partout, tout le temps, dès qu’arrivent un mail, un message, un appel, une notification, quels que soient l’heure ou le jour. Puis on râle, évidemment, contre ces contraintes, contre l’emprise des réseaux, contre ces petits chefs qui osent empiéter sur les soirées, les week-ends, le temps libre. Mais on répond, et plus on répond, plus ils entrent dans ce mécanisme, et vont demander à ceux qu’ils trouvent si disponibles de plus en plus, et de plus en plus souvent. Ils n’auront pas de refus, ou si peu. Car tout s’est fait de façon si insidieuse que ne pas répondre fait naître une culpabilité certes irraisonnée, mais toujours présente. On peut, donc on doit  : la nouvelle devise qui écarte le choix et la volonté. On est devenu esclave, asservi par l’outil qui devait améliorer nos vies.

Asservi, avili, traqué, fliqué, sans jamais le réaliser. C’est ce qui m’était apparu si drôlatique lors de la « révolte » contre le passe sanitaire. On avait vu fleurir partout des auto-collants « Je ne suis pas un QR-code ».
Mais…. Les gens…. Lâchez vos smartphones, alors.
Vous êtes déjà TOUS des QR-codes.


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